Interview The Brotherhood Of Pagans juillet 2009

Only Once ", c'est d'abord la récompense d'une longue attente, plus de dix années écoulées depuis " Tales of Vampires " en 1995 et enfin le retour en force des Brotherhood Of Pagans ! Oeuvre attendue qui assume ses classiques, " Only Once " n 'en demeure pas moins une fronde contre les étiquettes un peu trop hâtives; au-delà du socle " gothic-rock " et des influences, c'est le talent et les tripes qui parlent avant toute chose, une sensibilité unique qui nous claque dans la figure et au final, tout simplement, un " putain " de bon album qui aura pris son temps pour venir nous filer la chair de poule... Et maintenant, visite guidée par maître Sailor en personne !

Bien que cela soit précisé dans la biographie que l'on peut lire sur votre site, une présentation des membres du groupe serait la bienvenue pour débuter cette interview...
Coccs aux synthés (prog etc...), souvent l'initiateur de la base des morceaux. Il a repris la basse pour partie sur l'album et en totalité pour le live.
Vox : Ze guitariste du groupe, le gardien de la sonorité BoP.
Sailor : A repris le chant. A repris également la basse pour partie dans l'album, et gardé la batterie pour le studio.

Ce trio n'est constitué que de membres fondateurs du groupe (il n'y a pas de pièces « rapportées » dans cette formation).

On sait que vous avez repris le chemin des studios en 2006, mais l'étincelle qui redonna vie au groupe, qu'est-ce qui l'a provoquée ? Quelles motivations couvaient sous la cendre ?
En fait comme on le dit toujours, nous n'avons jamais vraiment arrêté. On parle même d'hibernation, car nous n'avons jamais cessé de nous voir en répétition bien que très peu de choses en soient sorties. Soit rien ne sortait, soit nous n'arrivions pas à faire aboutir les morceaux en cours. Ensuite l'envie de part et d'autres a fini par s'émousser, ce qui n'était pas fait pour faire avancer les choses. Le truc qui nous a probablement sauvés est la collaboration avec les Variations Ludiques, label de compilations sur le thème des jeux de rôle, pour qui nous avions composé quelques morceaux, basés sur des thèmes imposés. Nous nous sommes vraiment éclatés à faire ça. Cependant cela n'a ressoudé le groupe que dans ce cadre-là. Lorsqu'il a fallu se recomposer en tant que groupe « rock », les choses étaient finalement plus compliquées que ce que l'on aurait pu penser. Je crois que dans un sens nous étions complètement paumés suite au clash survenu juste après la sortie de l'album Tales of Vampires, un peu comme des gamins désocialisés, perdus dans un environnement pourtant pas hostile. On s'est noyé dans un verre d'eau, incapable de se dire les choses et de se fixer un objectif.

A force d'entendre les amis, les « fans » nous dire « alors c'est quand le prochain ?» et en voyant qu'on ne savait pas quoi répondre cela nous a mis un sérieux coup de pied au cul... Cela nous a naturellement motivés. Sans partir sur l'idée d'un CD nous avions fixé l'objectif de sortir « quelque chose ». Puis l'idée de CD est venue tout naturellement lorsque, les compositions avançant, nous nous disions qu'il aurait été dommage de ne sortir qu'un 4 titres après tout ce temps. Only-Once était dans le tube...

Les compositions de "Only Once" ont-elles eu une histoire mouvementée ? Certains titres ont-ils connu plusieurs remaniements, leur trame d'origine s'étant éloignée du résultat que l'on connaît aujourd'hui ?
Only-Once comme tout ce que l'on fait, n'est pas réellement calculé. Chaque morceau naît d'une idée de départ mais grandit avec un profil inconnu jusqu'à sa formation finale, en règle générale. Ainsi certains morceaux ont été très rapidement « cernés » et sont restés presque comme à l'origine (dans l'idée générale, l'atmosphère...). « As the serpents do... » en est un exemple. D'autres ont été plus « maltraités » par rapport à l'idée de base. « Am I a blow fly ? » a évolué lorsque la partie batterie acoustique a remplacé la piste synthé et lorsque Vox a couché la gratte électro-acoustique. Ceci a modifié l'ambiance, le rendant plus calme, moins pesant. « Death row » a été transfiguré lorsque la partie percussion a été passée à la disto. Les idées qui ont suivi n'auraient pas du tout été les mêmes (pas forcément moins bonnes mais différentes). Ce serait d'ailleurs intéressant de savoir comment aurait été tel ou tel morceau si nous avions suivi une autre voie !

D'un bout à l'autre de l'album, les émotions circulent, vivantes et écorchées vives : une histoire, un fil conducteur parcourent-ils "Only Once" ?
Si une histoire est née dans Only-Once c'est au fur et à mesure de son évolution, et ce essentiellement grâce à des clins d'œil ici et là, et qui te ramènent à une autre partie de l'album. La seule chose qui n'est, non pas calculée, mais intrinsèque à notre travail, c'est de ne pas se formater à un style prédéfini. C'est un risque car c'est un peu la critique que l'on nous fait. Mais on préfère cette approche. Le CD est certes peut-être plus difficile d'accès mais, je pense, plus intéressant à découvrir et à re-découvrir dans la durée.
Par Only-Once, nous voulions aussi « crier » le silence de ces trop nombreuses années. Nous voulions donc partir de zéro sans oublier sur le chemin, les compositions qui nous ont « sauvés ».

Des titres tels que "I am his Voice !" ou "Get off" révèlent un angle d'attaque plus incisif à travers des sonorités plus dures...
Get off est le morceau qui a préfiguré la naissance de « Only-Once ». Il est le témoin, et l'enfant, de la façon plus « studio », comparée à l'ancienne configuration plus « garage » orientée live. Pour cela nous tenions absolument à ce qu'il fasse partie de l'album, même s'il est vraiment différent des autres. Il devait faire partie de l'histoire qu'il a contribué à écrire. « I am his voice » est un exemple similaire de cette façon de travailler mais est venu plus tard. Ce morceau est un de nos morceaux fétiches. On est super content de voir ce que ce morceau est devenu au final.

De quoi parle le très beau "The Gardens of Alkinoos", un moment fort de l'album ?
Ce morceau, pour la petite histoire est également un témoin précurseur de la période annonciatrice de l'album. Il est né de deux moments « captés » sur le vif, pour n'en faire qu'un seul au final. Il DEVAIT figurer sur l'album.
C'est un extrait des écrits d'Homère « l'Odyssée » livre VII, auquel est venu se greffer quelques phrases « Bopiennes ». L'ambiance du morceau a semblé comme appeler ce texte... Nous nous sommes exécutés.

Gérer de nombreuses influences tout en étant capable de préserver et d'apporter son cachet personnel, cela relève j'imagine d'un travail ardu, voire quelquefois périlleux...
Puisque ce n'est pas calculé, on ne peut pas dire que cela soit difficile. C'est peut-être même plus facile que de n'avoir que très peu, voire une seule influence, et de vouloir s'en détacher. Si tu t'en affranchis tu peux aller où tu veux. C'est par contre, il est vrai moins facile à faire passer aux oreilles de certaines oreilles quelque peu habituées au confort du standard goth... Mais je crois que même si les deux albums sont différents, à l'époque du premier, nous avions déjà ces remarques. Et on s'en accommode trèèès bien! D'ailleurs, bien souvent les gens ne sont pas d'accord sur les influences, au même titre que chacun des membres n'ont pas les mêmes !!

Par rapport justement à ces diverses influences, je trouve qu'"Only Once" a l'étoffe d'un bel hommage à la scène underground des années 80; qu'évoque pour vous cette époque, la découverte de tout un champ musical brut de talents et d'énergie ?
Je viens de me réécouter Siglo XX que j'avais délaissé depuis (trop) longtemps. Noms de Dieux que c'est bon !!! Le charme, l'attrait incomparable et irrésistible des ambiances dans lesquelles le groupe te fait tomber. T'es dedans, aspiré dans un autre univers.
Et là, on est dans le cœur de cette scène underground et de ce qui en fait une scène exceptionnelle. Si on analyse froidement et de façon manichéenne et critique, SigloXX c'est - chanté faux - à ses début, basse/batterie pas carrée - « suicidogène »... Par contre si tu laisses parler ton « aware » (à la Vandamme  :o))))) c'est un pur bonheur de spontanéité et surtout de génie !!! C'est d'ailleurs pour ça que souvent, soit t'es fan inconditionnel de cette scène soit tu la détestes car tu ne la comprends pas. C'est ton cœur qui parle, pas la raison.
La chose qu'on a surtout évitée de faire c'est de produire un truc sans âme, blindé de machine, sans un truc de travers, froid... Non, nous avons voulu garder une certaine spontanéité. GOA a été gardé comme à son origine avec son histoire. Dans l'album, certaines prises parfois perfectibles ont été gardées car elles avaient ce petit quelque chose qu'une autre plus « carrée » aurait perdue. Alors même sur les morceaux plus électro nous n'avons pas voulu le dernier son à la pointe de la technologie et de la mode, préférant la « bidouille » de l'instant. C'est un pari peut-être osé au regard des attentes du public et des productions actuelles.

La beauté désespérée qui nous touche souvent à l'écoute de votre album porte-t-elle le testament du phénix qui ne pourra s'empêcher de répondre à l'appel d'un second long silence ?
« Phoenix ». Une idée récurrente dans nos discussions de l'époque quant au « retour » des BoP (associée à l'idée de la... résurrection)!!!
Le second album est un puzzle qui a déjà quelques pièces... Je ne pense pas que nous retomberons de nouveau en catalepsie. Nous avons en ce sens déjà fait le choix de nous affranchir des soucis techniques. Il ne reste plus qu'à répondre à « l'appel de la muse »  ;o)

Qui est ce "Jack" qui nous attend à la fin de l'album ? Délivre-t-il un message particulier ?
C'est toi, c'est moi, c'est la vitrine de notre conscient empli de choses parfois (mal) heureuses, mais au final, futiles, si tu les compares à ce qui bouillonne dans la face cachée de ton personnage envers les autres, mais aussi de ton inconscient face à toi-même. D'où la mise en opposition de la première et de la seconde partie du morceau.
Chacun interprètera l'album comme il l'entend mais, pour ma part j'aime à penser que Jack est en conclusion de l'album, un des funestes protagonistes du premier titre (« A never ending line !?») :o)

Avez-vous eu des retours inattendus venant de personnes qui vous suivaient à l'époque de "Tales of Vampires" ? Comment appréhendent-ils votre second méfait ?
Inattendus, pas vraiment. On cherche parfois à opposer « tales of vampires » à « only-once » notamment parce que le line-up est différent, comme s'il s'agissait d'une compétition entre les deux... C'est totalement absurde... Only-Once est bien meilleur :o))))))
Plus sérieusement, ce qui ressort est, qu'il est différent (après tout ce temps, heureusement !), plus abouti, mais certains regrettent la « vigueur » du premier, d'autres trouvent Only-Once doté d'une « colère froide », à l'image de « I'll dig your grave ». Les deux analyses sont probablement vraies. La seule chose qui les réunit est à mon sens et sans prétention aucune, ni jugement de valeur, c'est que chacun à son époque a offert et offre un univers vraiment personnel et sans équivalent sur la scène rock-goth. Non à l'uniformité !

Comment percevez-vous l'évolution du mouvement goth, vous qui en avez été témoins ? D'un bouillonnement underground sincère à l'étiquette "m'as-tu-vu" hyper réductrice d'aujourd'hui, si la chute a été douloureuse, tout n'est peut-être pas encore perdu ?
La réponse est dans la question ! Le problème tient effectivement dans la prédominance du « j'ai le total goth-look !». On ne remet nullement en question l'esthétique (péri-)goth, qui contribue énormément à la sensation d'appartenir à une tribu. Mais réduire tout ça à une compète à qui aura la paire de new-rock plus-mieux-plus-haute-plus-de-pointes-que-la-tienne-j'ai-gagné ! a fait énormément de tort à la scène musicale.
Ceci dit le problème trouve sa source surtout dans l'évolution de notre société hyper-connectée par l'évolution du net et de la technologie informatique. Il y a à peine 15 ans le net était quasi nul. L'imagerie goth n'avait pas beaucoup de vecteurs (va t'en, en 1995, faire développer ta péloche, faire une copie couleur de ta super photo à 500 exemplaires par tes propres moyens...). Maintenant en un clic d'appareil numérique c'est téléchargé, envoyé, diffusé, ... vu par des centaines, milliers de gens... qui peuvent donc à loisir cloner cette imagerie « mondialisée ». Comment concilier le désir d'appartenir à une tribu quand celle-ci n'a plus aucune frontière, ni limite ? Avant par la force des choses, si tu voyais un cold-wave c'est qu'il était en chair et en os devant toi ! Tout ceci fait que maintenant toute originalité est aussitôt clonée. C'est irréversible... Il n'y aura donc que la vraie valeur ajoutée, la musique, qui changera les choses. J'ai bien l'impression que l'esprit musical qui a prédominé il y a 15-20 ans commence à reprendre du service...

Par quelles voies les oreilles d'Alone Prod ont-elles été touchées et séduites par votre musique ? Cela a-t-il été difficile de trouver le bon interlocuteur en terme de label ?
Joker... :o) Alone Prod est le label initié par Jacquy Bitch (dans lequel joue également Vox) pour promouvoir et diffuser sa propre musique. Par la suite Hélène a rejoint le label. Il était donc naturel que nous collaborions mutuellement plutôt que d'aller voir ailleurs ! Ceci dit la base étant que notre projet soit viable car comme toujours c'est un pari financier. Nous avons fait écouter les morceaux en cours de mixage à Jacquy qui a sans hésitation accepter de nous prendre sous son aile.

Avez-vous repris contact avec la scène ? Quels sont vos sentiments par rapport au fait de jouer face à un public ?
1er concert « intimiste » à Laigneville. Un moment fort, pour ce que ce retour représente pour nous ! Prochain concert prévu en principe en septembre au Klub à Paris, puis en novembre à la Manekine à Pont-Ste-Maxence dans l'Oise. Tout ce qu'on espère c'est que le public sera réceptif à notre prestation. On espère un public « positif » qui aime la musique live. Si ce public est présent je crois qu'on passera ensemble de bons moments.

Quels sont vos projets en cours ? De quoi sera fait l'avenir pour Brotherhood Of Pagans ?
Le live en premier lieu. Nous avions tenu à ne pas faire de live tant que l'album n'était pas terminé. C'est chose faite, alors maintenant faut assumer :o)
Pour combien de temps, cela est d'abord fonction de l'accueil du public, puis de notre envie personnelle. Dans le même temps on essaie d'avancer sur le prochain album.

Cette interview s'achève, merci d'avoir consacré du temps pour répondre à ces questions; le mot de la fin est à vous...
Merci à toi ! Merci à celles et ceux qui croient en nous, un salut à tous nos potes et à bientôt sur scène !

Gasp, juillet 2009

Sous-pages

Dernière mise à jour de cette page le 25/08/2009

Créer un site gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Musique
Concert - Créer un site e-commerce - Créer un forum